Comme beaucoup des 11 millions d'électeurs qui ont apporté leurs suffrages à Nicolas Sarkozy dès le premier tour, je commence à me lasser de n'entendre parler que de François Bayrou. On ne peut plus allumer un poste de télévision, on ne peut plus écouter une émission de radio, on ne pourra bientôt plus lire un blog, sans que l'on nous parle de François Bayrou comme le gagnant du premier tour et comme le faiseur de roi (ou de reine) du second.
Hier, tous les médias étaient suspendus aux lèvres de celui qui est arrivé en 3ème position dimanche dernier. Tout cela pour l'entendre dire... qu'il ne choisirait pas ! Voilà un homme de conviction... (On croirait entendre Madame Royal lorsqu'elle se prononce sur la Turquie : "mon choix sera celui du peuple français !") Monsieur Bayrou ne veut pas se prononcer pour l'un ou l'autre des candidats mais se prononce très clairement contre celui de la majorité sortante. Cela aurait été tellement plus simple en le disant... tellement plus honnête pour ses électeurs.
Et voilà que dans le même temps, il nous annonce la création d'un "parti démocrate" (à sa place, j'aurais choisi un autre nom pour ne pas prendre le risque de me voir affubler d'initiales... surprenants à la suite de mon nom...) ! La belle affaire !
J'ai voulu tenter de comprendre la posture de François Bayrou et de ses amis. Alors j'ai appelé un de mes amis parisiens (toujours au fait des agissements bayrouistes) qui s'apprête à rejoindre le nouveau parti créé. "C'est très simple", me dit-il, "Bayrou parie sur l'élection de Sarkozy, sur l'explosion du PS et sur la récupération des plus "modérés" d'entre eux dans son nouveau parti. Bref, il mise sur une nouvelle bi-polarisation... à son profit !". C'est pourtant très clair, non ?
Ce qui est moins clair, c'est le rapprochement de fortune et de circonstance entre François Bayrou et le "bloc de gauche". François Bayrou se trouve-t-il soudainement des points de convergence avec Besancenot, Laguiller, Buffet, Voynet et toute la gauche de la gauche ?
François Bayrou oublie que la gauche de la gauche, si elle a un genou à terre, est loin d'être morte et qu'elle saura sans doute, lors des prochaines échéances, retrouver une nouvelle jeunesse.
François Bayrou oublie également que ses électeurs traditionnels, qui lui ont permis de disposer d'un groupe parlementaire à l'Assemblée Nationale (uniquement d'ailleurs parce qu'aucun candidat UMP ne se présentait face à ses candidats), ne le suivront pas dans sa stratégie personnelle. Les électeurs de François Bayrou ne se limitent pas à quelques blogueurs idéalistes et naïfs (ou inversement pour les liens tout comme pour leur prise de décision... J'y vais... J'y vais pas ?) qui rêvent eux aussi du pays de Candi... Et ces centaines d'élus locaux sous l'étiquette UDF... Qu'en pensent-ils ?
François Bayrou estime "qu'il y a enfin un centre en France, un centre fort, un centre large, un centre indépendant"... Mais quel était le score de Jean Lecanuet en 1965 ? Quel était le score de Raymond Barre en 1988 ? Quel était le score d'Edouard Balladur (candidat du centre à l'époque) en 1995 ?
François Bayrou nous a déclaré lundi soir : "J'ai une bonne nouvelle : plus rien ne sera comme avant !". Et si la (bonne ?) nouvelle était tout simplement que François Bayrou était désormais "de gauche" ? Gageons que ses électeurs ne s'y tromperont pas.
En attendant, Monsieur Bayrou, réveillez-vous : vous n'êtes pas qualifié pour le second tour alors soyez gentil de laisser les deux finalistes débattre de leurs projets ! Il serait trop facile par la suite de nous expliquer que le débat n'a pas eu lieu !
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